Cannes 2026, jour 5 : splendeurs et diversité du documentaire
Les singulières et stimulantes propositions de Cœur secret de Tom Fontenille, du Pelechian Project, d’Une vie manifeste de Jean-Gabriel Periot et de The Story of Documentary Film de Mark Cousins
S’il bénéficie d’une récompense spécifique parmi toutes celles attribuées à Cannes en plus de la compétition officielle, L’Œil d’or, le documentaire continue de n’occuper qu’une place secondaire dans les sélections du Festival. Malgré la Palme d’or 2004 à Farenheit 9/11 de Michael Moore, malgré de nombreuses consécrations dans d’autres grands festivals à commencer par Berlin et Venise, sa présence sur la Croisette peine à stabiliser la place qui revient à ce qui est moins un genre qu’une approche de l’art cinématographique, et une des plus fécondes, aujourd’hui peut-être davantage encore qu’auparavant. Pourtant on a vu au cours des premiers jours de cette 79e édition un nombre significatifs de films mémorables relevant de cette approche.
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Une vie manifeste de Jean-Gabriel Periot
Celle à qui est consacré le nouveau film de Jean-Gabriel Périot a été critique de cinéma, programmatrice, et apprentie réalisatrice, ce qui justifie la présence du film dans Cannes Classic, tout autant que parce que le film du réalisateur révélé par Une jeunesse allemande est composé d’archives d’époque – films, photos, journaux et documents. L’époque de celle qu’on peut à bon droit appeler son héroïne, Michèle Firk, aura été celui des engagements de la décolonisation, notamment aux côtés du FLN, puis des luttes révolutionnaires contre les dictatures militaires installées par les Etats-Unis dans presque toute l’Amérique latine dans les années 1960.
Née dans une famille juive en 1937, ayant échappé de peu à la Shoah, elle fait partie des très rares femmes admises au milieu des années 1950 à l’IDHEC. Elle en sera virée du fait de ses engagements, et si son amour et ses activités concrètes dans le cinéma, notamment à la revue Positif, seront un aspect significatif de son engagement, l’espoir politique révolutionnaire, y compris dans sa dimension féministe, en aura été l’unique repère.
Avec l’aide de deux voix, une parlant pour Michèle Firk et l’autre lui adressant la parole en amie affectueuse et admirative (Nadia Tereszkiewicz et Alice Diop), le film accompagne par un montage chronologique ce parcours qui mène à l’assassinant par la soldatesque au Guatemala à l’automne 1968 de celle à qui Jean-Luc Godard dédiera un des épisodes d’Histoire(s) du cinéma.
Jean-Michel Frodon
Projection publique
17 mai 2026
projection-publique.com/2026/05/17/cannes-2026-jour-5-splendeurs-et-diversite-du-documentaire/